Dans Marianne – WikiLeaks : Julian Assange ou la traque d’un lanceur d’alerte

L’affaire Assange, c’est l’histoire d’un homme persécuté et maltraité pour avoir révélé les sordides secrets des puissants, notamment les crimes de guerre, la torture et la corruption. C’est l’histoire d’un arbitraire judiciaire délibéré dans des démocraties occidentales qui tiennent par ailleurs à se présenter comme exemplaires en matière de droits de l’homme. C’est l’histoire d’une collusion délibérée des services de renseignement dans le dos des Parlements nationaux et du grand public. C’est l’histoire de reportages manipulés et manipulateurs dans les médias grand public aux fins d’isoler, de diaboliser et de détruire délibérément un individu. C’est l’histoire d’un homme que nous avons tous pris comme bouc émissaire en raison de notre propre incapacité sociale à nous attaquer à la corruption des gouvernements et aux crimes approuvés par l’État. Il s’agit donc également d’une histoire qui concerne chacun d’entre nous, qui touche à notre léthargie, notre auto-illusion et notre coresponsabilité dans les tragédies politiques, économiques et humaines de notre époque.

Pendant deux ans, j’ai enquêté de manière intensive sur le cas de Julian Assange. Pendant deux ans, j’ai tenté en vain d’obtenir la coopération des États responsables, et, pendant deux ans, j’ai fait part publiquement de mes préoccupations – dans des rapports officiels, des communiqués de presse et des interviews, devant des organes internationaux et des groupes parlementaires, mais aussi lors de tables rondes académiques et de nombreux autres événements. Le moment est venu de publier ce livre, qui résume mon enquête et mes conclusions, ainsi que les preuves disponibles, sous une forme facilement accessible. J’ai décidé d’entreprendre cette démarche parce que je n’avais plus d’options viables au sein du système, et parce que mon silence ou mon inaction aurait été synonyme de complicité dans la dissimulation de crimes graves ; tant ceux révélés par Assange que ceux commis contre lui et, donc, contre nous tous. Dans l’exercice de mon mandat, je ne me sens pas responsable en premier lieu envers les gouvernements en place, mais envers les États membres de l’ONU eux-mêmes et leurs populations. Lire la suite…

 

Lu : Le journalisme intégral, d’Antonio Gramsci

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Dans ce recueil paru le 20 mars 2022, les Éditions Critiques offrent une sélection de textes de Gramsci portant sur la presse et le journalisme, en partie inédits en français, et précédés par une introduction éclairante du traducteur Fabien Trémeau. Les textes rassemblés ont été écrits par Gramsci à trois moments de son parcours politique et intellectuel, et correspondent ainsi à trois perspectives différentes sur la pratique journalistique.

I) Les textes de 1916-1918 : journaux-marchandises et journal socialiste

Le journalisme a été la première forme d’engagement politique de Gramsci. Il a en effet abandonné ses études universitaires en 1914 – il étudiait la linguistique – et a commencé alors à travailler pour des journaux socialistes, principalement l’Avanti ! (le quotidien national du Parti socialiste italien) et le Grido del popolo (hebdomadaire turinois également socialiste).

Les trois premiers textes de ce recueil sont des articles publiés dans l’édition piémontaise de l’Avanti !, et sont datés respectivement du 22 et du 23 décembre 1916, et du 27 décembre 1918. Gramsci s’y attaque aux journaux bourgeois dans leur ensemble : « Boycottez-les ! boycottez-les ! boycottez- les ! » (p. 33 et p. 39). Car le journal bourgeois est d’abord un « journal-marchandise » (p. 43) qu’il s’agit d’écouler le plus massivement possible ; et, pour cela, il transforme et déforme les informations de sorte à les conformer aux courants dominants de l’opinion publique. Mais c’est encore là « le cas le plus honnête – ou le moins malhonnête – de mercantilisme journalistique », puisqu’il arrive aussi, souvent, que les journaux tâchent plutôt de modeler l’opinion publique en fonction d’intérêts privés. Alors, « il se vérifie ce cas étrange : que la volonté, l’intérêt, le calcul d’une demi-douzaine de propriétaires de journaux s’impose aussi aux intérêts et à la volonté de toute une population » (p. 38).

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Le journalisme intégral et la nouvelle intellectualité communiste selon Antonio Gramsci

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À propos de : Antonio Gramsci, Le Journalisme intégral, Paris, Éditions Critiques, 2022.

« Autant dans mon parler je veux être âpre » (Dante)

Avec la parution récente d’un petit recueil de textes de Gramsci sur le Journalisme intégral, les Editions Critiques publient un ensemble de sept textes où l’homme politique italien fait état de sa théorie d’un journalisme politique bien compris. Issus de ses activités de rédacteur au sein de divers journaux (L’Avanti ! qu’il rejoint à partir de 1915 puis L’Ordine Nuovo dès 1919) et des réflexions couchées sur le papier du cahier de prison n°24 de 1934, entièrement consacré à la question du journalisme, ces textes précieux sont autant d’indications stratégiques qui dessinent les tâches encore ardemment actuelles du nouveau type d’intellectualité que doit incarner l’intellectuel communiste, compris comme théoricien-praticien. Le journalisme intégral s’y présente comme une activité éminemment politique, « l’émanation d’un groupe qui cherche à travers son activité professionnelle à propager une conception générale du monde »[1], préparatrice du « facteur subjectif » qu’est la conscience de classe, sans laquelle il n’y a pas de révolution possible.

Gramsci part d’un simple constat de réalité : du développement du capitalisme, de la grande industrie et du travail moderne, dont les appareils techniques et productifs sont constamment appelés à se révolutionner eux-mêmes, est sorti une formidable armada d’appareils de transmission et de communication. Le développement colossal de la presse (et de la radio, que Gramsci voit se développer et se généraliser) ne peut plus être ignoré, dès lors que la machine de diffusion de la propagande bourgeoise atteint des rythmes proprement industriels, exposant le prolétariat à un risque d’intoxication généralisée jamais connu auparavant. Cette importance stratégique première de la presse est d’autant plus marquée dans l’Italie de l’immédiat post-Risorgimento, où le morcellement partisan apparaît pendant un temps comme une donnée structurelle et où, en l’absence de partis politiques modernes centralisés, les organes de presse des différentes factions bourgeoises tiennent lieux de partis politiques, dans leur lutte constante et réciproque pour la suprématie.

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Le journalisme intégral et la nouvelle intellectualité communiste selon Antonio Gramsci